C'est collectif

Des Femmes de défis en or massif

17 février 2018

L’équipe de France de handball a conquis son second titre mondial, après celui de 2003, en Allemagne, en décembre dernier. Retour sur une aventure humaine et sportive d’un groupe qui a démontré toute sa ténacité.

Il reste un peu moins de trente secondes à jouer dans cette finale où la France défie la Norvège, championne du monde en titre. Les handballeuses tricolores mènent du plus petit des écarts, 22-21, et attaquent. La tension est à son comble dans l’enceinte de Leipzig. Alexandra Lacrabère prend ses responsabilités. Le bras levé des arbitres ne lui laisse pas le choix. La Paloise, alors plein centre, vient au contact des défenseurs adverses. Le shoot est compliqué à prendre, la gauchère n’est pas dans une position favorable pour trouver un angle de tir. Mais Alexandra Lacrabère, internationale depuis l’hiver 2006, n’a pas pour habitude de se défiler. Elle arme son bras, propulse le ballon entre les jambes de la gardienne et inscrit le 23e but des Françaises, synonyme de victoire. L’action suivante, Amandine Leynaud, dans ses cages, douche les derniers espoirs nordiques avec une ultime parade. Le banc français ne tient plus en place, attendant que le buzzer retentisse.

Puis c’est l’explosion de joie. Les joueuses se précipitent les unes sur les autres, se jettent à terre, hurlent leur bonheur. Elles l’ont fait. Les Françaises ont détrôné les Norvégiennes (23-21) et sont championnes du monde. Les coéquipières de Nora Mork étaient pour- tant largement favorites. Médaillées d’or lors des Jeux olympiques de Pékin et Londres, doubles championnes d’Europe en titre, les Nordiques s’étaient certes fait battre en phase de poule, mais paraissaient intouchables. Au micro des chaînes de télévision, Estelle Nze-Minko et consort livrent leur premières impressions. Non, elles ne réalisent pas ce qu’elles ont fait. Oui, c’est incroyable. Toutes disent à quel point elles sont ères de leur équipe, ères de leurs coéquipières. Toutes parlent de leur joie d’avoir vaincu ensemble, d’avoir fait triompher leur mur défensif face aux redoutables attaquantes adverses, validant ainsi les choix d’un sélectionneur et d’un handball à la française, porté sur la défense. La prouesse d’un groupe qui revient de loin et s’est parfois construit dans le dur. Retour en arrière.

 

LA FIN D’UN CYCLE ET L’ARRIVÉE D’ALAIN PORTES

9e à l’Euro, 5e aux Jeux olympiques de Londres… en cette année 2012, le succès fuit les Femmes de dé s. Une addition de résultats peu probants qui précipitent leur coach Olivier Krumbholz vers la sortie. Réputé autoritaire, très directif, le Lorrain aura passé quinze ans à la tête de l’équipe de France avec un certain succès, mais la rupture avec son groupe est consommée. Très vite, son successeur est trouvé. Alain Portes, ancien Barjot, ex-entraîneur de Nîmes et de l’équipe nationale masculine tunisienne, est intronisé. Il nomme Siraba Dembelé comme capitaine, procède à un renouvellement d’effectif, prend la sélection en main. L’ambiance semble plus apaisée. L’équipe prépare activement la prochaine échéance olympique pour en n y briller.

Pourtant petit à petit, en coulisse, le malaise s’installe. Alain Portes reçoit des courriers menaçants à son domicile, son compte Facebook a été piraté. Des rumeurs traînent sur le web lui prêtant des avances à des joueuses étrangères. Au Danemark en 2015, en plein mondial, pendant le match France-Argentine, son téléphone est volé dans les vestiaires. Au même mo- ment, la préparatrice physique de l’équipe est renvoyée. Les Bleues finissent à la 7e place dans une atmosphère délétère. Alors que la Fédération française de handball conforte le sélectionneur juste après la compétition, le président reçoit finalement plusieurs joueuses cadres et rompt le contrat d’Alain Portes.

« Vu qu’il y a
plus de participatif dans son management, il y a plus
de prise d’initiative de tout le monde, plus d’autonomie, plus de professionnalisme »

 

À ce moment-ci, les rumeurs vont bon train. Les handballeuses sont alors perçues comme des joueuses capricieuses, soupçonnées d’êtres malsaines, difficiles à gérer quelque soit le sélectionneur, incapables de reproduire les exploits de l’équipe masculine. « Joël Delplanque (NDLR le président de la Fédération) nous a dit que des échéances importantes nous attendaient et que nous étions un peu bipolaires », révèle Siraba Dembélé1. « L’équipe a prouvé pendant la compétition qu’elle était capable de bien jouer mais aussi de balbutier son handball », appuie Joël Delplanque. « On peut me dire que c’est le sport féminin qui est instable mais je regrette, ce n’est pas une fatalité. » Les candidats au poste de sélectionneur tapent à la porte mais à six mois des Jeux de Rio, la Fédération opte pour quelqu’un qui connaît déjà la maison bleue.

 

LE RETOUR EN GRÂCE D’OLIVIER KRUMBHOLZ

Olivier Krumbholz est appelé à la rescousse, une décision à priori surprenante. Comment le technicien pourrait-il réussir là où il a échoué trois ans auparavant ? Mais depuis son éviction, l’homme de 59 ans a réfléchi. « Je suis venu les aider et leurs demandes étaient claires », déclarait-il. « Elles veulent un manager le plus calme possible, c’est ce que j’essaie de faire ». Les joueuses ressentent cette transformation et contre toute attente après plusieurs compétitions ratées, le sort s’inverse. En argent à Rio à l’été 2016, en bronze à l’Euro en hiver, en or un an plus tard au Mondial, les handballeuses et leur sta se remplissent les poches de métal en l’espace d’une année.

« La démarche d’Olivier a été à 100% bénéfique », expliquait l’ailier Manon Houette. « Vu qu’il y a plus de participatif dans son management, il y a plus de prise d’initiative de tout le monde, plus d’autonomie, plus de professionnalisme. Je trouve intéressant de bosser avec des gens qui sont capables de se remettre en question », explique l’ailière Manon Houette2.

Une osmose retrouvée qui a permis aux sportives de repousser encore et toujours leur limites, portées par la cohésion d’un groupe, entourées d’un staff à leur écoute. De véritables Femmes de dé s qui nous réservent, on l’espère, d’autres belles compétitions.

Par MEJDALINE MHIRI

Article extrait du numéro 7 Les Sportives Magazine 

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