Les P'tites Pouss'

De Pantin à Courchevel, la belle histoire des lycéens pour qui « le ski n’est pas réservé qu’aux blancs »

24 mars 2017

Le mois de mars sera marqué d’une pierre blanche pour une vingtaine d’élèves du lycée Berthelot à Pantin, qui se préparent à découvrir la montagne et les sports d’hiver. Un événement et une chance pour ces jeunes Séquano-Dyonisiens qui partent à Courchevel ce dimanche 26 mars 2017.

Pour Iptisem, Mariam, Hawa, Najia, Adel et leurs camarades, 2017 sera une année marquante. En effet à leur agenda figure non seulement le bac en juin prochain, mais aussi un séjour à la neige au mois de mars.

« Notre semaine au ski ce sera à Courchevel. C’est une très bonne station ! », indique Mariam, qui pourtant n’est jamais allée à la neige et encore moins au ski. Pour elle, les vacances ou les voyages, c’est en priorité au bled l’été, pour aller voir la famille et les amis. Cela ne fait aucun doute, c’est une belle opportunité pour ces cinq élèves. Tous n’ont pas les mêmes motivations. Najia a bien sûr envie d’apprendre à skier, Mariam quant à elle a hâte « de découvrir de nouveaux sports et d’avoir des sensations ». Hawa avait adoré la première fois lorsqu’elle était à l’école primaire. Elle espère que le ski, ce sera comme le vélo, que son corps n’aura pas oublié la technique. Elle ajoute « il me tarde de glisser sur les pentes, de me souvenir ce que j’ai appris plus petite en classe de neige ».

Ce séjour, ces jeunes l’attendent avec impatience. Les filles ne sont pas de grandes habituées des voyages. Si elles partent, c’est parce que ce projet est réalisé par les enseignants d’EPS du lycée, à l’intention des élèves qui ont choisi l’option sportive leur permettant de pratiquer une heure et demi de musculation et deux heures de handball. Pas de soucis à se faire pour la préparation physique : ils sont au top !

Cette belle initiative de l’équipe éducative correspond aussi au souhait d’élargir l’horizon culturel des lycéens. « Cette semaine à la montagne, c’est un vrai dépaysement pour ces jeunes qui vont à la découverte d’un environnement nouveau, moins bétonné, plus serein », déclare Hugo, prof d’EPS. Lui qui emmène régulièrement des élèves aux sports d’hiver se réjouit déjà de les voir et de les entendre s’étonner et s’émerveiller : « Le ciel est bleu… ça sent bon… c’est calme ici … ».

LE SKI DEVIENT UN MARQUEUR SOCIAL

S’évader, voir d’autres paysages, sortir du quotidien, découvrir de nouveaux sports… un panel en concentré des motivations des privilégiés qui vont se rendre cet hiver dans les stations de ski. Les cinq jeunes sont bien conscients que les sports d’hiver sont sur- tout réservés aux riches. Mariam va jusqu’à dire que, pour elle, un skieur, c’est « un Blanc plutôt d’origine suisse » ! C’est dire si elle est fière de faire ce voyage. « Si quelqu’un essaie de me rabaisser, je pourrai répondre que moi aussi je suis déjà allée au ski, que ce n’est pas réservé aux Blancs. »

Le ski nourrit alors les imaginaires, il devient un symbole et un marqueur social. Etre allé au ski c’est appartenir un peu à la société des inclus, c’est un peu s’échapper de sa condition sociale. Adel l’exprime à sa façon : « L’hiver est un peu synonyme de neige.. Tout le monde parle de neige, et nous dans le 93, voilà prés de dix ans qu’on n’en a pas vu. Si on ne fait pas de ski, on peut dire que l’hiver ne sert à rien .»

Seuls 8% des Français partent au ski au moins un an sur deux. Une question de prix selon Myriam . « Bien sûr, le ski est une activité surtout pour les riches. C’est vraiment intéressant d’avoir la possibilité d’en faire au moins une fois avant d’entrer à l’université ». Najia ajoute que pour sa famille, « le ski n’existe pas ». La barrière culturelle est au moins aussi importante que les questions financières. Pourtant « nos parents ont été faciles à convaincre. Ils sont ouverts d’esprit et nous font confiance ».

UN TEMPS FORT AU NIVEAU RELATIONNEL

Ce voyage sera également un temps fort pour ces adolescents au niveau relationnel. Même s’ils se connaissent déjà à travers leur option, ils misent beaucoup sur cette semaine de vie commune et de partage qui, n’en doutons pas, renforcera le lien qui les unit déjà. Ce que confirme Hugo. « Cela change totalement de la vie de classe au sein du lycée. Nous sommes dans un cadre très confortable au plan relationnel. La vie commune leur ouvre obligatoirement l’esprit. Que ce soit entre les communautés : l’un ou l’une qui a son pyjama traditionnel dès 18h tandis que l’autre, avec son pyjama tout à fait différent, veut traîner jusqu’à minuit … Ou entre filles et garçons : certains garçons mettent la table sans se poser de questions, pendant que d’autres ne l’ont jamais fait chez eux ; et les filles qui ne s’en laissent pas compter ! » En ce qui concerne l’hébergement, les douches… filles et garçons sont séparés. Pour le ski, ils sont en mixité permanente. « Ils parlent de ski, de techniques, d’apprentissages d’égal à égale », précise Hugo « En soirée, tous se retrouvent pour des moments, souvent drôles, qui permettent de jouer sur les préjugés et les stéréotypes, par exemple une soirée déguisée. »

UN PEU D’APPRÉHENSION

Tous sont impatients et investissent beaucoup sur cette semaine de ski, mais n’ont-ils pas quelque appréhension ou quelque peur lors de ce séjour ? Iptisem craint de « tomber et ne pas réussir à me relever », Mariam a peur d’ « avoir froid et ne plus avoir d’oxygène en haut de la montagne ». L’angoisse de Najia : « que je me blesse gravement et je sois obligée d’arrêter de faire du sport ». Hawa, elle, fait dans l’humour : « Que j’éternue et que cela déclenche une avalanche ». Adel déclare fièrement « moi j’ai peur de rien…», ce qui amuse bien les filles.

Gageons que tout se passera bien et que la vingtaine de lycéens ramènera de cette semaine aux sports d’hiver des images inoubliables et des moments chaleureux qui resteront gravés à jamais dans leur mémoire.

Bruno Cremonesi – SNEP-FSU

Article extrait de Les Sportives Magazine numéro 4

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