C'est collectif

Cocktail sans glace à Pyeongchang

18 avril 2018
Les athlètes français sont rentrés de Pyeongchang avec dans leurs bagages de quoi satisfaire la fierté nationale. Record de médailles égalé, record de titres, record de places d’honneur, record de titres glanés en une même olympiade pour le seul Martin Fourcade, trois fois primé en biathlon, et le patinage artistique enfin sur le podium, seize ans après Anissina et Peizerat à Salt Lake City : il y avait de quoi s’auto-satisfaire. Pourtant, les succès tricolores n’ont pas totalement effacé quelques faillites criantes qui montrent les limites d’une politique sportive à péage.

Si la Fédération française de ski a de quoi pavoiser avec quatorze des quinze métaux forgés sur les pentes et pistes enneigées de Pyongchang,force est de constater que le seul Martin Fourcade sauve la délégation avec ses trois ors, en solo ou par équipe, contrairement à certains favoris (Kévin Rolland en halfpipe, la toute jeune Tess Ledeux (16 ans) en slopestyle ou encore Tessa Worley en géant. Pourtant, même si l’objectif annoncé de vingt médailles n’est pas atteint, difficile de jeter la boule de neige aux skieurs qui réalisent leur plus beaux Jeux en alpin chez les hommes (avec notamment les deux métaux d’Alexis Pinturault), en biathlon, en fond et dans les disciplines acrobatiques. Surtout si l’on tient compte de toutes les places d’honneur, preuves des luttes acharnées qui ont eu lieu pour les podiums.

Les Jeux ne sont pas une compétition anodine et empiler les honneurs en Coupe du monde, comme des tuiles, n’est pas la garantie d’une consécration olympique. L’Américaine Lyndsay Vonn, quatre-vingt-une victoires en Coupe du monde depuis 2007 et « seulement » un titre olympique ou la star britannique du short-track Elise Christie, neuf fois médaillée mondiale et double championne du monde en titre, mais jamais consacrée aux J.O en trois tentatives, en savent quelque chose. Il ne s’agit donc pas d’accabler une bébé championne comme Tess Ledeux, ni de déplorer que l’exploit de Sotchi en skicross (le triplé français) n’ait pu être réédité. L’exploit est par nature unique et notre « adolympique » Julia Péreira de Souza, vainqueure surprise du snowboardcross, a fait honneur à la tradition.

Quasi absence de résultats sur la glace

Pourtant, si l’on s’éloigne un peu de la neige pour s’aventurer sur la glace qui propose huit disciplines olympiques – bobsleigh, curling, hockey, luge, patinage artistique, patinage de vitesse, short track, skeleton – on ne peut que déplorer l’absence de résultats dans quasi toutes les disciplines, à l’exception du patinage artistique avec la médaille d’argent de Gabriella Papadakis et Guilaume Cizeron. Et on doit s’interroger sur la singularité française qui réunit en une seule fédération tous les sports de glace, à l’exception du hockey, qui a fini par obtenir sa sécession en 2006.

Une situation contestée par de nombreux champions des disciplines dites pauvres, comme le patinage de vitesse, le bob ou la luge, qui doivent souvent financer leur coûteux équipement et activer le système D pour une pratique qui souffre d’un manque d’infrastructures criant sur le territoire national. En 2014 déjà, le torchon brûlait entre le patinage de vitesse et sa fédération de tutelle ; Ewen Fernandez (septuple champion du monde de roller) puis Benjamin Macé (que l’on a revu dans Secret Story 11 avec le secret « j’ai fait deux fois les Jeux olympiques » !) avaient jeté l’éponge, obligés de trouver un moyen de subsistance à défaut de soutiens fédéraux. Seul leur coéquipier de la poursuite à Sotchi, Alexis Contin, longtemps exilé aux Pays-Bas, la Mecque du patinage de vitesse, a tenu la corde jusqu’à Pyeongchang dont il est reparti frustré de la seule médaille qui manque à son grand palmarès (douze fois champion du monde). Il y a à craindre qu’à la retraite du Malouin, la grande piste ne disparaisse des radars olympiques français, ce dont ne se cachait pas le DTN actuel de la FFSG, Rodolphe Vermeulen, à la veille des Jeux : « Le futur de la spécialité dépendra en partie de ses résultats en Corée du Sud ».

C’est donc bien un choix politique et économique qui conduit la Fédération à ne pas miser sur les disciplines de vitesse, sur la luge, le bobsleigh ou le curling. Un choix que l’on peut légitimement contester, compte tenu du grand nombre d’épreuves que comptent ces disciplines qui pourraient possiblement gonfler l’escarcelle tricolore, si les moyens étaient proposés pour leur développement. En attendant les arbitrages, on célèbrera les succès de Martin Fourcade, Maurice Manificat ou encore Anaïs Bescond, devenue en toute discrétion la 5e Française trois fois médaillée en une seule édition olympique, après les illustres Suzanne Lenglen (1920), Micheline Ostermeyer (1948), Laure Manaudou (2004) et Camille Muffat (2012), en priant pour que ces grands pourvoyeurs de métaux n’annoncent pas précocement leur retraite.

Par Maryse ÉWANJÉ-ÉPÉE

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

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