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Céline Gerny : une vie à cheval

8 octobre 2018
Membre de l’équipe de France de para-dressage, 6e aux Jeux Paralympiques de Rio, Céline Gerny est une cavalière émérite et passionnée. Victime d’une chute de cheval l’année de ses 18 ans, elle se brise la colonne vertébrale mais ne pense qu’à une chose : retrouver ses chevaux le plus rapidement possible. En selle seulement cinq mois après l’accident, Céline grimpe peu à peu les échelons du haut niveau et galope désormais vers de nouveaux titres.

Comme beaucoup de petites filles, Céline découvre l’équitation un mercredi au poney club. Elle a 6 ans et tombe immédiatement amoureuse des chevaux. « Plus que l’aspect sportif, c’est tout d’abord le contact avec l’animal qui m’a attirée. Comprendre les chevaux, travailler en harmonie avec eux est toujours quelque chose qui me passionne aujourd’hui. » La jeune Ardennaise enchaîne les concours de CSO (saut d’obstacles) dès l’âge de 11 ans. Elle ne poursuit pas nécessairement des ambitions de haut niveau, mais rêve davantage de transformer sa passion en un véritable métier : monitrice d’équitation.

Un rêve qui se brise contre un arbre le 21 janvier 2001. Céline et l’une de ses amies sont à cheval dans un pré quand une voiture passe sur la route voisine, projetant des gravillons. Le cheval de Céline panique, s’emballe, elle tombe et percute un arbre. Immédiatement, Céline ne sent plus ses jambes. Ses vertèbres D11 et D12 sont fracturées, la moelle épinière sectionnée.

Mais à l’hôpital, la jeune cavalière peine à réaliser combien sa vie va changer. « Je disais à mes proches :’’ appelez le club pour qu’ils s’occupent de mes chevaux, je vais revenir vite’’. Je n’ai pas eu peur. Tout ce qui comptait pour moi était de monter à nouveau. Les médecins m’ont dit que je ne pourrais jamais remarcher, mais cela n’a jamais été synonyme pour moi de devoir arrêter l’équitation. » Opération, rééducation, le parcours post-opératoire est long et ardu, mais Céline ne sombre jamais dans le blues. « J’avais beaucoup de choses à organiser, toute ma vie était à reconstruire : je n’avais pas le temps d’aller mal. »

Elle s’accroche, aidée par ses chevaux

C’est quand elle remonte à cheval pour la première fois, cinq mois seulement après son accident, que Céline réalise que plus rien ne sera jamais pareil. « C’était compliqué, difficile à encaisser. Je peinais à retrouver mes sensations. Pendant un an, je n’ai fait que du pas. » Pourtant, Céline s’accroche, aidée par ses chevaux, qui comprennent instantanément que leur cavalière a changé. « Quand je suis arrivée au club pour la première fois, mon poney Appolo a reniflé puis remué mes jambes avec son bout du nez. Il semblait dire ‘’ah oui, ça ne marche plus ça…’’ Mon cheval Ilico, qui avait tendance à être pénible pour marcher en main, est devenu sage comme un agneau. »

Si être au contact de ses chevaux aide énormément Céline, en revanche, il est plus douloureux pour elle d’abandonner son rêve de devenir monitrice d’équitation. « J’avais très envie de transmettre, de partager, d’être au contact des enfants, alors j’ai décidé de devenir professeur des écoles. » En parallèle, Céline continue à se perfectionner à cheval et, dix-huit mois après son accident, la voici aux championnats de France. « Mon entraîneur m’a proposé d’y aller pour voir… et finalement, j’ai gagné ! Mieux que ça, j’ai été repérée par le Directeur technique national. »

En 2004, Céline intègre ainsi l’équipe de France de Paradressage. Elle qui, valide, ne rêvait que d’obstacles, vibre désormais au rythme des reprises de dressage et devient une des meilleures cavalières mondiales de la discipline. Elle retrouve pour l’accompagner son cheval Ilico : « J’ai dû monter d’autres chevaux pendant qu’un ami travaillait Ilico pour le rendre plus calme, plus adapté à une pratique handisport. Au terme de sept ans d’efforts, Ilico est devenu idéal pour moi car très dynamique. Pour remplacer mes jambes, j’ai deux sticks (ndlr : des longues cravaches) que je place pour demander l’exécution de figures. Je travaille aussi énormément avec la voix pour l’impulsion, la gestion de l’allure. C’est autorisé en compétition handisport. »

Tous les chevaux ne peuvent pas convenir aux cavaliers handicapés. Céline souligne l’importance du caractère de chaque cheval, qui doit être particulièrement attentif, calme et compétent en dressage. « Les chevaux comprennent bien les différents codes, ils sont capables de distinction. Quand je suis en selle, ils oublient totalement le mouvement parasite de mes jambes et ne s’attachent qu’au travail de mon assiette (ndlr : la répartition du poids du corps sur la selle), de mes sticks et de ma voix. Mais si c’est un cavalier « valide » qui les fait travailler, ils reprennent leurs repères habituels et répondent aux jambes. » Depuis 2007, la cavalière enchaîne les victoires en concours internationaux et les places d’honneurs des plus grandes compétitions, avec différents chevaux (notamment suite à la retraite d’Ilico en 2014). Natation, handbike, préparation physique, elle ne laisse rien au hasard et ses semaines ressemblent à des marathons. « Je travaille comme professeur des écoles à plein temps pour financer ma saison. Je ne suis libérée que lors des périodes de compétitions. Alors entre le travail et mes entraînements, je n’ai pas une minute à perdre. Je monte à cheval tous les mercredis et le weekend. Durant la semaine, je fais chaque soir une séance de kiné, de natation ou de préparation physique, voire du handbike quand le temps le permet. »

Sixième des Jeux paralympiques de Rio, Céline galope vers les Jeux de Tokyo puis de Paris 2024, son principal objectif. Mais quoiqu’il arrive, elle a déjà remporté la plus belle bataille : s’accrocher à sa passion coûte que coûte et poursuivre sa vie… à cheval, évidemment.

Par LUCY PALTZ

Article extrait du numéro 9 Les Sportives

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