Muses

Rencontre avec une auteure hypéractive : Cecile Coulon

28 mars 2017

À 27 ans, Cécile Coulon vient de sortir son 9e livre tout en préparant une thèse sur le sport et la littérature. En 2015, son roman Le cœur du Pélican a été salué par la critique et les lecteurs. Un récit nerveux, où elle transposait son expérience de la course à pied, en décryptant avec justesse les émotions et la psychologie du sportif.

QU’EST-CE QUI A DÉCLENCHÉ VOTRE ENVIE D’ÉCRIRE SUR LE SPORT ?


D’une part, le défi de retranscrire ce que la course à pied provoque dans le corps. Je voulais tenter de faire passer par les mots, le rythme, la cadence, le souffle de la course à pied. D’autre part, le sport est un milieu qui me fascine autant qu’il me dégoûte, qui me plaît autant qu’il m’interroge.

LE SUJET SPORTIF EST-IL UN THÈME DIFFÉRENT DES AUTRES ?

Ce n’est pas un sujet comme les autres dans le sens où pendant toute la seconde partie du XXe siècle, il était
 mis de côté autant par les auteurs que par les critiques ou les universitaires . Aujourd’hui, ces barrières tombent, et j’ai la sensation qu’à travers le sport contemporain et son écriture, les personnages acquièrent une épaisseur supplémentaire. De la joie in nie à la hargne violente sur le stade, tout est possible, en un laps de temps très limité.

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI LA COURSE À PIED ET EN PARTICULIER LE 800 M ?


La course à pied est un sport que je pratique, que j’adore, tout comme 
ma famille. J’ai été biberonnée à la course. Le 800 m est une discipline très particulière, difficile techniquement parce qu’elle demande des stratégies physiques propres au sprinteur comme au coureur de semi-fond.

Le-coeur-du-pelicanAVEZ-VOUS UTILISÉ VOTRE EXPÉRIENCE DE SPORTIVE POUR ÉCRIRE CE LIVRE ?

Je ne me suis pas immergée dans le milieu sportif car je crois qu’il faut savoir faire parler son imagination. Et j’ai évidemment utilisé mes propres sensations physiques, concernant la douleur notamment, et le rapport ambigu que tout athlète entretient avec elle. J’ai travaillé sur le corps de mon personnage, Anthime, sur son mental, en ajoutant petit à petit des éléments piqués à ma mémoire, et ensuite je lui ai balancé une bonne dose d’électricité !

LE SPORT EST OMNIPRÉSENT DANS LA SOCIÉTÉ, LES MÉDIAS. COMMENT LA FICTION PEUT- ELLE REDIRE LE SPORT ?

La fiction ne dit rien ; elle questionne. Lorsqu’un auteur utilise le sport comme sujet, il interroge un phénomène socio-médiatico-physique à travers une histoire, mais surtout, il lui donne une autre ampleur.

EN LITTÉRATURE, LE SPORT
EST SOUVENT REPRÉSENTÉ EN MILIEU SCOLAIRE ET DANS UNE PERSPECTIVE NOSTALGIQUE LIÉE À L’ENFANCE. POURQUOI AVOIR OPTÉ POUR CE CADRE ?

C’est difficile de parler de sport sans parler d’enfance, parce que c’est là que tout commence dans la plupart des cas. L’enfance est modelée par les sports pratiqués, vus, par les idoles. On a tous une construction mentale ou une histoire sportive. Pour Anthime, dès l’enfance, le sport est le moyen d’échapper à un milieu qui l’étouffe.

VOUS FAITES UNE REPRÉSENTATION ASSEZ FÉROCE DU SPORT À L’ÉCOLE. AVIEZ-VOUS UNE VOLONTÉ DE DÉNONCER CERTAINES PRATIQUES ?


Il ne m’est pas venu à l’idée de dénoncer quoi que ce soit. J’ai voulu montrer un itinéraire particulier, dire que dans
ce contexte, Anthime est entouré d’adultes qui, eux, ont raté le coche à l’adolescence. Ils vont essayer de se rattraper avec ce ls prodige. Ce qui
me gêne actuellement, dans le sport comme dans la musique, la littérature…, c’est le rapport malade entretenu avec la jeunesse, ou l’idée de la jeunesse.

QUEL EST VOTRE INTÉRÊT POUR LE SPORT AU FÉMININ QUE DÉFEND ET VALORISE CE MAGAZINE?


Le sport féminin, j’y croirai encore plus quand on aura effacé la barrière des genres, qu’on parlera de « sport », sans rien derrière. Cela signifiera que les filles ont la même visibilité, les mêmes salaires ! J’ai toujours été marquée par Paula Radcli e, Karolina Kluft, je suis les basketteuses et les handballeuses françaises, mais j’ai une petite préférence pour les sports individuels.

À VOTRE AVIS, POURQUOI LA FICTION S’INTÉRESSE-T-ELLE PEU À LA SPORTIVE ?


Parce que la littérature, quel que soit le sujet, prend le sexe masculin comme représentation universelle.

À PART LOLA LAFON, MAYLIS
DE KÉRANGAL ET VOUS, POURQUOI LES ROMANCIÈRES FRANÇAISES SONT-ELLES SI PEU NOMBREUSES À ÉCRIRE SUR LE SPORT ?

Excellente question ! Qu’il faudrait poser à celles qui n’écrivent pas sur le sport. Je suppose que c’est un sujet qui ne les intéresse pas assez, ou qui n’intéresse pas assez les lecteurs.

POUR TERMINER, QUELQUES MOTS SUR TROIS SAISONS D’ORAGE, VOTRE 9E ROMAN PARU AUX ÉDITIONS V. HAMY ?

Il s’agit des histoires croisées d’ouvriers dans les carrières de pierre dans la campagne reculée d’après- guerre et du médecin venu s’installer avec eux pour les soigner. C’est une saga familiale sur fond de poussière, de sable et de montagne.

Julien Legall

@Ecrirelesport

Article extrait du numéro 4 (janvier-février-mars) Les Sportives Magazine

À lire également...