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Burn-out quand l’athlète va au tapis

3 mai 2018
C’est encore un sujet tabou. Pour preuve, plusieurs sportives de renom ayant été confrontées à ce type de problème n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Le burn-out ne colle pas à l’image de l’athlète performant et combatif, et avouer sa vulnérabilité n’est pas chose aisée. Pourtant, il est indispensable d’en parler pour mettre des mots sur ce mal-être, déculpabiliser les sportifs(ves) qui y sont confronté(e)s et pouvoir accompagner celles et ceux qui en présenteraient les premiers symptômes.

Le burn-out sportif est comparable au burn-out professionnel. C’est un épuisement émotionnel intense, avec une importante  perte d’énergie. L’athlète perd sa motivation et son désir de pratiquer son sport de prédilection, subit et redoute les compétitions, et ne parvient plus à faire face au stress que cela engendre.

Le burn-out est souvent confondu ou associé au syndrome de surentraînement, alors que ce sont deux notions bien différentes.

« Le syndrome de surentraînement est un mauvais équilibre entre charges d’entraînement et périodes de récupération. Il entraîne une baisse prolongée des performances (malgré le maintien ou l’augmentation de l’entraînement), ainsi qu’une immense fatigue », écrit dans l’une de ses études Sabine Afflelou, du CAPS de Bordeaux (Centre d’accompagnement et de prévention pour les sportifs).

Si une longue période de repos peut suffire à traiter le syndrome de surentraînement, le burn-out est plus délicat : « il s’agit réellement d’un état d’épuisement extrême et généralisé, s’apparentant à une dépression sévère, ayant un impact sur la vie et l’avenir des sportifs », ajoute Sabine Afflelou. Il paraît quasi impossible de guérir d’un burn-out tout en poursuivant sa carrière sportive : le rejet que l’athlète a désormais pour son sport de prédilection l’oblige à faire un break, pas forcément définitif, mais prolongé.

On a toutes en tête l’image de Pauline Ferrand-Prévot, en larmes, au bord du parcours de VTT olympique de Rio, et ses mots, quelques jours plus tard, sur les réseaux sociaux : « Le vélo était ce que j’aimais le plus faire, mais c’est devenu mon plus grand cauchemar. » Une championne qui craque en direct, cela fait couler beaucoup d’encre. C’est pourtant une situation fréquente, mais qui, bien souvent, se déroule en coulisses, tant le burn-out reste tabou dans le monde du sport.

Cette image de la sportive sur papier glacé, performante, victorieuse, combative, vivant une vie dorée de championne adulée, a la vie dure et nombreux sont ceux qui ne souhaitent pas l’ébranler. L’une des sportives que nous avons contactée au sujet de son burn-out nous a d’ailleurs répondu : « C’est un sujet que je ne veux pas aborder. Je prends un nouveau départ et ne souhaite pas remuer tout ceci ».

Si une blessure physique, courante dans le sport, s’assume facilement, les plaies psychologiques s’avèrent plus difficiles à panser et à verbaliser. Dans un milieu forcément élitiste, où l’on vous serine depuis votre plus jeune âge que vous devez être le/la meilleur(e), comment oser dire que vous allez mal ?

Ce manque d’écoute, cette culpabilité que l’on fait porter aux sportifs qui ont un coup de blues, peut d’ailleurs contribuer au déclenchement du burn-out. Mathilde, espoir du tennis féminin, victime d’un burn-out en 2015, alors qu’elle alignait les bons résultats, nous le confirme : « Tout le monde niait mon mal-être. On me disait de m’accrocher, qu’il fallait savoir se battre. Ils n’avaient pas compris que je n’en avais plus envie ».

Son cas (lire encart) est assez typique, et concerne souvent de jeunes athlètes. A l’INSEP, on décèlerait des troubles anxieux chez 50% des jeunes sportifs environ. Tous ne feront pas un burn-out : être à haut niveau est difficile mentalement, mais pour basculer dans la dépression, il faut que d’autres facteurs, intrinsèques à chaque athlète, s’en mêlent.

Si chaque personne est différente, les chercheurs ont réussi à mettre à jour quelques constantes dans la survenue d’un burn-out : le surentraînement amorcerait le processus, qui s’aggraverait du fait d’une charge mentale (stress, conflits émotionnels) devenue trop pesante. C’est dans le parcours sportif et personnel de chaque athlète, ses relations avec la sphère familiale et l’encadrement sportif, sa manière d’appréhender sa pratique sportive, qu’il faut trouver les clés.

Sabine Afflelou écrit : « Nous posons l’hypothèse qu’un des facteurs déterminants réside dans le type de motivation à la pratique sportive. On oppose ainsi les motivations intrinsèques (le plaisir de pratiquer, l’envie de se transcender) et les motivations extrinsèques (gain de la victoire, pression familiale, sociale etc). Ces dernières pourraient faire le lit de problématiques diverses. »

Un burn-out est donc la somme de composantes émotionnelles diverses qui, tout à coup, forment un trop plein. Sportives et sportifs seraient concernés de la même manière, aucune étude ne prouve que l’un ou l’autre des deux sexes y serait plus sujet. Mais il est grand temps de lever le tabou et de renforcer la prévention et l’écoute au sein des structures de haut niveau. Car quand on sait que Laure Manaudou, Marie José Perec, André Agassi ou Ian Thorpe ont connu un épisode de burn-out, on vous le confirme : cela arrive aux meilleurs.

Par LUCIE PALTZ

L’EXPÉRIENCE DE MATHILDE, 22 ANS, TENNIS

« Quelques jours avant un tournoi, je suis tombée malade. Rien de grave, mais je me sentais si fatiguée que j’ai envisagé de ne pas participer. Mon entraîneur m’a fait comprendre qu’il fallait être ‘’un peu plus solide que ça et arrêter de s’écouter ‘’. Alors j’ai serré les dents mais j’étais complètement à côté de la plaque. La contre-performance absolue. Pas de quoi en faire un plat, car j’avais fait un bon début de saison. J’aurais très bien pu rebondir en me focalisant sur les prochaines échéances. Mais cette fois-ci, je n’ai pas pu. J’ai tout remis en cause. Je ne voulais plus de cette vie consacrée au tennis et aux études, avec une pression permanente des deux côtés. Je me sentais honteuse de penser cela, nulle et incapable de faire face. Tout le monde (mes proches, mes coachs) me disait de persévérer, que j’étais talentueuse, que j’avais de beaux objectifs à atteindre. Comment leur dire que je n’en n’avais plus envie ? En fait, j’avais l’impression de ne plus exister que par le prisme de mes résultats, de mon jeu, de ce que je faisais sur le terrain. On attendait de moi que je gagne, que je sois la meilleure ; c’était normal, acquis. J’avais tellement peur de décevoir tout le monde, alors je continuais, j’allais à l’entraînement avec la boule au ventre et le coeur au bord des lèvres. Jusqu’au jour où j’ai craqué nerveusement. J’ai fait des choses insensées, hurlé sur mes parents, mes amis qui voulaient me parler, perdu énormément de poids. Un vrai pétage de plomb !

J’ai fini par aller voir un médecin. J’ai été suivie par toute une équipe formidable qui m’a aidée à remonter la pente. Mais je n’ai pas encore retouché à une raquette de tennis. Je pense que je ne jouerai plus jamais. »

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

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