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Entretien avec Brigitte Guedj, actrice de la pièce de théâtre « Handball, le hasard merveilleux »

28 juillet 2017

Formée à l’art dramatique au TGP, à l’école Charles Dullin puis avec Jacqueline Duc de la Comédie-Française, Brigitte Guedj a travaillé pour la télévision et le cinéma avec Ariel Zeitoun, Pierre Boutron, Fabrice Cazeneuve ou encore Mohamed Hamidi. Au théâtre, elle a collaboré avec Jacques Mauclair, Ariane Mnouchkine, Wajdi Mouawad et François Rancillac. Elle joue actuellement dans Handball, le hasard merveilleux, une pièce de Jean-Christophe Dollé mise en scène par Laurent Natrella.

Pouvez-vous nous présenter cette pièce ?

Sylvie est entraîneure de l’équipe féminine de handball d’Aubervilliers. Par un hasard merveilleux, à l’occasion d’un tournoi de l’amitié, elle est amenée à retourner dans sa ville natale, Constantine, en Algérie. Elle part avec son équipe de jeunes femmes, issue de communautés et de religions différentes, symbole d’une mixité sociale et culturelle. En retournant à Constantine, Sylvie revient sur les traces de son enfance et de sa féminité bafouée. Elle va se reconstruire, se réparer.

Comment est-elle née ?

Pour cette pièce, Jean-Christophe Dollé s’est inspiré de ma propre histoire. La genèse de la pièce et la pièce elle-même est due à une série de hasards merveilleux. Je suis née à Constantine et, en 2012, à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, j’ai eu l’occasion de revenir dans cette ville. J’ai accompagné l’équipe féminine de handball d’Aubervilliers avec la délégation de la mairie, car les deux équipes étaient jumelées. J’avais eu connaissance de ce jumelage lors d’une lecture des textes de Kateb Yacine, un écrivain algérien né à Constantine. En y revenant, j’avais aussi la volonté de retrouver une de mes tantes, que je n’avais pas revu depuis 50 ans. À l’occasion de ce tournoi de l’amitié, le responsable jeunesse et sport m’a proposé d’accompagner l’équipe et de m’aider à retrouver ma tante. Grâce à cette histoire, j’ai pu la retrouver.

Quelle est la place du handball dans cette pièce ?

L’auteur a gardé cette idée d’équipe de handball car le sport contient intrinsèquement une valeur de solidarité, de jouer ensemble, de jouer collectivement, de passes. Le choix du handball n’est pas innocent, car il contient le mot « hand » et, pour nous, il signifie se tenir la main. C’est une allégorie : si le monde ressemblait à cette équipe qui met en commun des forces et de l’énergie pour aller vers un même but ; et si toutes les richesses et les différences des unes et des autres faisaient la force de l’équipe ; et si la société suivait l’exemple de cette équipe. Le sport permet d’effacer toutes les différences pour accéder au même but. Il incarne une solidarité, un vivre ensemble. C’est le parti pris du metteur en scène.

Le handball est une porte d’entrée dans l’histoire. Le sport et l’équipe sont très présents car l’action se déroule dans le vestiaire. Au fil de la pièce, on va s’échapper de cet espace pour aller vers l’histoire personnelle de cette coach.

Est-il le prétexte à la réconciliation ? 

C’est exactement cela. C’est une réconciliation personnelle pour Sylvie. Ses joueuses se retrouvent dans le sport, dans leur féminité et leur liberté.

Pourquoi ce personnage de l’entraîneure ? Aviez-vous la volonté de montrer la difficulté pour une femme de devenir coach ?

Evidemment. Depuis son enfance, cette femme a été bafouée, réduite à néant. Elle a grandi dans une famille où la femme n’avait aucune place, aucun avenir, à part celui de faire des enfants et d’obéir à son mari. En devenant entraîneure et grâce au sport, cette femme peut enfin accéder à un certain pouvoir, à une place qu’elle va défendre. D’ailleurs, elle dit « une femme, c’est comme un ressort, plus tu appuies dessus, plus il rebondit haut ». Plus vous comprimez la liberté d’une femme, plus vous réveillez en elle sa volonté de s’affirmer et de s’émanciper. Cette pièce est une merveilleuse ode à la femme, un plaidoyer pour sa dignité et sa liberté.

Pouvons-nous imaginer des parallèles entre le métier de comédienne et de sportive ?

Nous devons travailler énormément avec notre corps : le souffle, la musculature, l’énergie, la puissance sont au service de l’activité. La comédienne ne doit pas uniquement travailler avec la tête mais elle doit utiliser en priorité avec son corps. Même si dans les écoles françaises de théâtre, ce travail du corps n’est pas courant, il commence à arriver avec les nouvelles générations. D’ailleurs, je vous conseille la lecture des écrits de Valère Novarina qui traite le comédien comme un vrai sportif.

À votre avis, le sujet sportif attire-t-il un nouveau public ?

À Avignon, nous avons quasi exclusivement des passionnés de théâtre car c’est l’événement de l’année. Pour être très honnête, le titre de la pièce les rebute car ils pensent que la pièce est centrée sur le handball. Or, le sport est une porte d’entrée dans l’histoire et cette équipe de sportives sert le propos de la pièce. Nous accueillons aussi des passionnés de handball. D’ailleurs, l’année dernière, la section féminine de l’équipe de hand de Marseille est venue voir la pièce, c’était une expérience formidable.

Qu’est-ce que théâtre et sport peuvent mutuellement s’apporter ?

Sur cette pièce, l’histoire de l’équipe et le vivre ensemble peuvent créer une résonnance avec une troupe de théâtre. Il faut jouer ensemble, s’écouter. Les forces des uns et des autres vont servir le spectacle ou le match. Dans les deux cas, il y a une sorte de bataille, on défend les textes ou son équipe devant un public.

Auriez-vous envie de jouer une autre pièce autour du sport ?

À chaque fois, le sport est un prisme par lequel on va faire entrer le spectateur dans une idée, une histoire, un propos, dans le message que l’on veut faire passer car il représente des valeurs. Il se passe tellement de choses dans le sport : la compétition, les vestiaires, l’épuisement du corps, le dépassement de soi. Il constitue une immense source d’inspiration. Je suis toujours étonnée par le marathon. Des hommes et femmes qui ne maîtrisent plus un corps poussé à l’excès. Ils ont le regard hagard, leurs jambes ne répondent plus. Cette image me sidère. C’est un thème que j’aimerais exploiter. Comment va-t-on au-delà de ses limites ? Comment peut-on avoir une jubilation intellectuelle qui va au-delà de la puissance du corps ? C’est aussi un reflet de notre société. Nous sommes dans un tel degré de consommation que même dans le sport, on veut toujours aller plus loin, on veut être des surhommes.

Pour terminer, pratiquez-vous un sport ?

Avant d’être comédienne, j’étais danseuse. J’ai longtemps pratiqué le squash, mais maintenant je pratique la natation et le vélo.

 

Les dates de la pièce :

  • Jusqu’au 30 juillet au Théâtre du Rempart à Avignon
  • Une tournée dans la région parisienne et dans le sud de la France est prévue pour la saison 2017-2018

 

Julien Legall

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