Les P'tites Pouss'

Amelle ou le temps du lycée ?

11 mai 2018
L’équipe féminine de futsal du lycée de Saint-Exupéry de Marseille va se rendre aux championnats de France UNSS. Rencontre avec sa capitaine, Amelle Louati, quelques jours avant le départ.

Amelle Louati attend ce moment depuis le début de l’année. Lycéenne en classe de terminale, elle partira dans quelques jours avec huit autres joueuses aux championnats de France de Futsal de l’Union nationale du sport scolaire (UNSS) près de Rouen. « Nous nous préparons depuis le début de l’année. Cela sera la troisième fois pour moi », confie Amelle. « J’aime tout dans cette compétition : le trajet, les temps d’échauffement, jouer contre les adversaires, l’ambiance… »

Cette qualification est le résultat de l’implication d’un groupe de filles qui se sont entraînées sous la responsabilité de Kara Renaud, leur professeur d’EPS. « Les filles de mon équipe ont toujours trouvé le temps de venir s’entraîner le mercredi (…) Le fait que ça se passe dans le lycée, c’est plus facile pour nous », éclaire la lycéenne.

Amelle est une « mordue de football ». Et son sport compte parfois presque plus que l’école ou les ami.es. « J’ai choisi de venir dans ce lycée car il n’est pas loin de mon ancien club, ce qui me permet d’enchaîner les entraînements juste après les cours ». Une démarche atypique, à contrepied des stratégies de nombreuses familles qui cherchent un lycée sur des critères de prestige. Amelle, elle, n’hésite pas à faire 1 heure 20 de transport en commun pour vivre sa passion.

« Certaines filles de mon équipe ne font que le sport scolaire du mercredi après-midi, car c’est dans leur emploi du temps, et non pas le soir en plus de leur journée d’école. Pour moi, ma journée est un tout : j’ai le lycée puis les entraînements, et après je rentre. »

Lorsque je cours sur le terrain, je me sens libre

Cette recherche d’unité de temps, si elle peut favoriser la pratique sportive n’est pas une condition suffisante. Alors qu’elles habitent le quartier du lycée et que le club n’est pas très loin, « les filles de mon équipe ne jouent pas toutes en club. Elles disent qu’elles n’ont pas trop le temps avec les devoirs, la famille… Moi je crois qu’elles ne prennent pas le temps ! », confie Amelle.

Elle comprend que certaines ne souhaitent pas trop s’entraîner car cela peut poser des problèmes d’organisation et ensuite avoir des conséquences sur la réussite scolaire. Avec ses deux entraînements par semaine en plus de l’UNSS, cela fait deux soirs où la jeune fille n’est pas chez elle avant 22h. Pas facile de faire ses devoirs tard,avec la fatigue de l’entraînement. Mais elle ne renonce pas pour autant à sa passion. « Prendre ce temps-là est important pour moi, cela me détend : lorsque je cours sur le terrain, jeme sens libre. »

Plus le temps avance, plus les jeunes ont la flemme

Son témoignage vient conforter les travaux sociologiques sur la démocratisation du sport qui montrent les corrélations entre le nombre de pratiquantes et la proximité de l’installation sportive ainsi que la facilité des transports pour retourner chez soi. Mais cela ne suffit pas.

« J’ai l’impression que plus le temps avance, plus les jeunes ont la flemme. Ils ne font plus rien. Ils ne prennent pas le temps de pratiquer une activité sportive. Ils rentrent directement chez eux après le lycée. A la maison ils sont sur leur téléphone portable, sur les réseaux sociaux… ils sont partout et nulle part, quoi ! »

Les jeunes ont une vie de plus de plus digitale, comme dit le chanteur de rap marseillais Soprano, recherchant cette accélération permanente et faisant toujours deux choses à la fois. A écouter Amelle, il faudrait réussir à ralentir le cours du temps pour retrouver l’espace et le temps d’apprécier la pratique sportive. Pour vivre le temps présent à 100%.

Par BRUNO CREMONESI

Article extrait du magazine numéro 8 Les Sportives

 

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