Dans leurs veines A sang pour Sang

Alexandrine Renard : « On me dit souvent que je suis une extra-terrestre »

28 novembre 2017

Alexandrine Renard fait partie 280 concurrents, dont 75 femmes, à s’être élancés mardi au Pérou sur la toute première édition du Marathon des Sables en Amérique du Sud. Au programme : 250 km et 6 étapes à courir dans le désert d’Ica, le tout en auto-suffisance alimentaire. Rencontre avec la traileuse de 32 ans, qui n’a rien d’une débutante…

Alexandrine Renard, pourquoi avoir choisi de participer au Marathon des Sables au Pérou ?

J’avais déjà couru le Marathon des Sables au Maroc en 2014 et j’avais beaucoup aimé. On est confronté à un environnement hostile où on doit savoir se gérer, gérer son corps, son eau, son alimentation. On est complètement déconnecté du monde extérieur, et on doit réapprendre la vraie communication, celle avec les gens. J’ai envie de revivre ça. Et puis, le Pérou, c’est un autre continent, j’avais envie de tester.

Comment vous êtes-vous préparée ?

Un ami coach sportif a tenté de me préparer un plan d’entraînement en me précisant qu’étant « ingérable », je risquais de ne pas le suivre. J’ai essayé plus ou moins de le respecter. Mais je suis plutôt quelqu’un qui fonctionne au feeling, je suis à l’écoute de mon corps. Je fais 5 à 6 sorties hebdomadaires, souvent vers 19h30-20h00 en semaine à cause du travail. En courant si tard, je n’ai pas forcément la possibilité de faire énormément de kilomètres mais je cours au minimum 15 km. Je sors plus longtemps les samedi et dimanche et je profite aussi des week-ends pour m’aligner sur des courses, notamment des petits trails.

J’ai ce goût de faire toujours plus


Depuis quand pratiquez-vous la course à pied ?

Je cours depuis mes 11 ans. J’ai commencé une pratique plus intensive en 2011 en m’alignant sur des semi-marathons. Je devais ensuite participer au marathon de New-York en 2012, mais il a été annulé en raison de la tempête Sandy. J’étais déçue mais j’ai finalement couru mes premiers 42,195 km en mars 2013, à Rome. J’ai pris goût à ce type de distances, mais j’avais toujours le Marathon des Sables dans un coin de ma tête, en doutant néanmoins d’avoir la capacité de le terminer. Je l’ai couru en 2014 et j’ai vraiment aimé cette ambiance MDS. C’est là où je me suis dit que la route, c’était bien, mais que je préférais le côté nature. J’ai encore participé aux 100 km de Millau en 2014 avec mes amis rencontrés sur le Marathon des Sables puis on s’est inscrit à la Transgrancanaria (Raid à étapes 125 km avec + de 8000m de dénivelé) la même année. Maintenant, je fais au moins un ou deux gros trails par an.

Comment passe-t-on de la course sur route à des trails longue distance ?

On s’entraine plus (rires). J’ai vraiment envie à chaque fois d’aller plus loin et je me dis que je n’ai pas de limite. J’ai ce goût de faire toujours plus. Les distances qui me vont bien sont comprises entre 80 et 120 km. C’est là où je me sens le mieux.

J’aimerais revivre ces moments de partage le soir autour du feu 


Comment réagit votre entourage quand vous leur annoncez participer à un ultra trail dans le désert ?

On me dit toujours que je suis une extra terrestre. Mon père ne voulait pas que je le fasse le premier. Il ne m’avait pas trop encouragée… Je m’étais inscrite sans le dire. Au final, ma mère m’a raconté qu’il était collé à l’ordinateur pendant toute la course pour me suivre. Ils sont inquiets pour moi, alors que je suis plutôt dans le positif. Pour moi, ça ne peut pas mal se passer.

Quels seront vos objectifs au Pérou ?

La première étape de 37,2 km s’est bien passée. J’ai couru jusqu’au Check-Point 1 (14 km), et cela a été plus difficile ensuite car le terrain était très sableux. J’aimerais le terminer. Je n’ai pas de prétention de chronomètre. Je suis mieux entraînée que la première fois, mais pas non plus spécifiquement pour le MDS. Je me laisserai porter par l’événement. J’aimerais revivre ces moments de partage le soir, où on va chercher ses brindilles et on fait du feu pour tout le monde… C’est ce genre de sensations que je recherche.

Que craignez-vous le plus ?

Je crains pour mes pieds… Au MDS en 2014, j’avais eu quelques ampoules.. Là, même si je les ai préparés, j’ai toujours des doutes. Après, j’ai un bon mental, qui devrait bien m’aider. »

Peggy BERGERE, dans le Désert d’Ica
@pegbergere

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