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2024 : Paris à tout prix

3 février 2017

Paris, en lice pour accueillir l’olympiade estivale 2024. Une ambition honorable de prime abord, mais qui peut s’avérer très coûteuse avec l’honneur de la prise de distance. Entre élan sportif, engouement populaire, dynamique sociale et économique, les Jeux en valent-ils la chandelle ? Focus sur la Sportive « Paris 2024 ».

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Paris 2024, une sportive belle et rebelle…

Dans son essence, la Sportive Paris 2024 aurait ces vertus, elle serait belle et rebelle. Or devant l’organisation d’un grand événement comme les Jeux olympiques, il lui est difficile de rester authentique, ballottée entre la volonté de fédérer le peuple, sportif et non sportif, et l’affront d’être trop dépensière aux dépens de ce même peuple. C’est dans cet étau d’ailleurs que Paris 2024 s’est montrée d’abord indécise, comme à l’arrêt, prise au piège politique. En témoignent, les propos de Jean-François Martins, adjoint à la Maire de Paris en charge des sports et du toursime : « Anne Hidalgo au départ n’a jamais dit non mais elle n’a surtout jamais dit oui ! Lorsque François Hollande a déclaré dans une émission télé que Paris était candidate, le lendemain, elle a donné une conférence de presse pour démentir. La maire de Paris ne voulait pas être candidate aux Jeux sur un coup de tête ! Elle voulait du rationnel sur le sujet. »

Le rationnel est évidemment chiffré. Après étude de faisabilité, les Jeux olympiques à Paris en 2024 nécessiteraient 6 milliards d’euros dont 1,7 milliards d’argent public. Un total réparti pour la moitié des dépenses dans les infrastructures, et pour l’autre moitié dans l’organisation proprement dite. Pour, selon une étude du Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES), un impact économique estimé entre 5,3 et 10,7 milliard d’euros. Une balance rassurante laissant croire à des Jeux auto-financés… Mais historiquement, le rationnel fait peur. A la lecture des bilans des Jeux d’été précédents, on s’aperçoit que les prévisions financières n’avaient plus rien de pragmatique au final et que les budgets de toutes les villes qui ont accueilli les JO ont toujours été largement dépassés. Pékin 2008 détient le record en la matière : les Jeux ont coûté 25 fois plus cher que prévu !

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Paris 2024, une sportive taille de guêpe ?

 Dans cette course à l’Olympe, un élément nouveau semble changer la donne financière : l’agenda olympique 2020 mis en place par le Comité international olympique (CIO). « Cette charte a incité Paris à s’engager en faveur des JO 2024 : une attention particulière est désormais accordée aux candidatures vertueuses c’est à dire sobres budgétairement et basées sur des équipements existants », explique Jean-François Martins. Avec seulement 5 % d’infrastructures à construire à savoir le village olympique, une piscine olympique et le centre des médias, Paris 2024 semble effectivement raisonnable. Partisane impliquée dans le projet en tant que membre du Comité des Athlètes de la candidature Paris 2024, Yannick Souvré insiste : « Il n’y aura pas de surenchère. Ce ne sera pas moins cher mais organisé plus intelligemment en fonction des besoins ». Danielle Simonnet, elle, n’est pas convaincue : « Sur le plan financier, cela ne signifie pas que les coûts n’exploseront pas. » La coordinatrice du Parti de gauche dénonce : « les Jeux tels qu’ils sont organisés ces dernières années et aujourd’hui, s’apparentent à une vaste opération commerciale, un marketing à l’échelle mondiale, qui échappe au peuple et sert les multinationales c’est à dire les intérêts privés. Je suis pour un autre système d’organisation des Jeux avec une logique économique de circuit courts, de réelles clauses sociales contraignantes, une réduction de l’envahissement publicitaire, et un respect de l’environnement. Aujourd’hui rien ou si peu, ne correspond aux besoins de la population. »

Paris 2024, une sportive réfléchie et citoyenne ?

Entre alors dans le débat la notion “d’héritage”, une nouvelle façon de faire de l’œil au CIO. Qu’est ce que l’organisation des Jeux va laisser au service des Franciliens en matière de transports, de logements, d’infrastructures et équipements sportifs ? Dans un plan d’action comportant 43 mesures, la Ville de Paris détaille ses projets d’aménagement de la ville. Les principaux visant la construction d’une ligne de tramway olympique, traversant la capitale d’ouest en est le long de la Seine, avec l’installation d’une piste cyclable sur le même tracé. Sont prévus également la création de zones de baignades dans la seine et les canaux ainsi qu’un sentier pédestre de 35 kilomètres qui ferait le tour de Paris. Le village olympique lui serait transformé en logements sociaux à l’issue de la compétition.

Autant de plans que le choix de Paris comme ville hôte pourrait booster. Selon Jean-François Martins « l’état d’esprit et la volonté du CIO sont porteurs d’une expression conforme à ce que nous imaginons en matière de politique pour la ville et sa modernisation. Cette candidature va avoir un effet accélérateur. L’investissement en faveur des aménagements se fera plus vite que prévu. » Pour Danielle Simonnet, en l’état, les réels besoins seront survolés : « il faudrait un maillage plus fin des transports en Île de France, des lignes Intercités. Avec ça, des équipements sportifs de proximité pour tous et non une piscine olympique qui comme le stade de France va être très difficile à rentabiliser. »

 

Paris 2024, une sportive fédératrice ?

 Et puis, il y a la formidable ferveur populaire engendrée par l’événement. Pour Yannick Souvré : « amener le sport dans la société grâce aux JO est un besoin vital. Le sport est générateur de lien social. Il aplanit les différences de religion, de classes sociales, et peut faire changer beaucoup de choses dans la société. Il n’est pas encore assez présent. » L’exemple de la Coupe du monde de football 98 en tête, l’ancienne basketteuse explique avoir la naïveté de croire qu’il en sera ainsi pour l’olympiade 2024. Le résultat d’un formidable rassemblement où mixité et diversité seraient

à l’honneur. A l’inverse, Danielle Simonnet n’hésite pas à rappeler le souvenir de la Coupe du monde au Brésil en 2014 : « les gens étaient contents de l’accueillir. Le Brésil, peuple du football, a vite déchanté devant la misère sociale et le poids de dépenses insensées qu’on leur faisait porter. Il y a eu beaucoup de manifestations contre l’austérité. »

 

Paris 2024, une sportive comme les autres ?

Face à l’histoire récente, il semble apparaître que pour que les Jeux soient une réussite, il est nécessaire que sportives, sportifs (et pas uniquement ceux qui font tomber des records ou gonfler des palmarès) et toute la population, soient au centre de l’organisation… et pour que les Jeux 2024 deviennent NOS jeux et aboutissent sur un projet olympique qui finalement serait un projet de société où la place du sport serait renforcée. Le sport pour tous et toutes, un projet presque idyllique d’une époque où l’expression “du pain et des jeux” est totalement révolue… Vivement l’héritage donc !

Melina Boetti

Article tiré du numéro 2 Les Sportives Magazine 

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